
Hypothyroïdie et gluten : un régime sans gluten est-il justifié en cas de maladie de Hashimoto ?
Y a-t-il un lien entre le gluten et la thyroïde ? Nous examinons ce que disent les données scientifiques concernant la maladie de Hashimoto et pourquoi il ne faut pas supprimer le gluten sans avoir écarté la maladie cœliaque.
Hypothyroïdie et alimentation : est-il judicieux de supprimer le gluten ?
D'un point de vue clinique, l'alimentation en cas d'hypothyroïdie peut susciter de nombreuses interrogations. En effet, ces dernières années, l'idée selon laquelle le gluten serait nocif pour la thyroïde, voire directement responsable de certaines pathologies thyroïdiennes, s'est répandue sur les réseaux sociaux. Qu'en est-il réellement ? En réalité, ce type de messages a tendance à simplifier à l'extrême une relation qui est plus complexe d'un point de vue scientifique. La question pertinente n'est pas de savoir si le gluten est nocif pour la thyroïde en général, mais chez quels patients précis il pourrait exister un lien entre le gluten et la thyroïde, et si une modification alimentaire peut jouer un rôle dans la prise en charge thérapeutique.
Gluten et thyroïde : y a-t-il un lien réel ou s'agit-il d'alarmisme ?
Nous savons depuis des années que les personnes atteintes de la maladie cœliaque présentent un risque accru de développer d'autres maladies auto-immunes associées. Parmi celles-ci figurent certaines pathologies endocriniennes, comme le diabète de type 1 ou certaines maladies thyroïdiennes. En particulier, ce lien a été le plus souvent décrit dans le cas de l'hypothyroïdie auto-immune, notamment dans la thyroïdite de Hashimoto.
La coexistence de ces deux pathologies n'est pas anecdotique. En effet, certaines études ont observé une prévalence significative de la maladie cœliaque chez les patients atteints de thyroïdite auto-immune. Une méta-analyse publiée dans la revue Thyroid en 2016 a conclu qu'il peut être raisonnable d'envisager le dépistage de la maladie cœliaque chez les patients atteints de ce type de pathologie thyroïdienne, même en l'absence de symptômes digestifs.
HHypothyroïdie auto-immune (Hashimoto) : qu'est-ce que c'est et pourquoi est-ce important ici
La thyroïdite de Hashimoto est la cause la plus fréquente d'hypothyroïdie auto-immune. Elle se caractérise par une destruction progressive de la glande thyroïde induite par le système immunitaire lui-même. Ce processus implique des anticorps qui attaquent les structures de la glande, ce qui provoque des altérations dans la production d'hormones thyroïdiennes et, par conséquent, des modifications de paramètres tels que la TSH, la T3 ou la T4. L'hypothyroïdie auto-immune est incurable, mais elle peut être contrôlée grâce à un traitement adapté et un suivi clinique. Le lien avec l'alimentation apparaît lorsqu'on observe que certains patients atteints de la maladie de Hashimoto présentent également des réactions immunologiques au gluten, que ce soit dans le cadre d'une maladie cœliaque ou d'une sensibilité au gluten non cœliaque.

Un régime sans gluten est-il justifié chez les patients atteints de la maladie de Hashimoto non cœliaques ?
L'opportunité de supprimer le gluten de l'alimentation des patients atteints de la maladie de Hashimoto ou d'hypothyroïdie auto-immune sans maladie cœliaque est l'une des questions les plus fréquentes en consultation. Il n'y a pas de réponse définitive. À l'heure actuelle, il n'existe pas de consensus absolu permettant d'affirmer que toutes les personnes atteintes de la maladie de Hashimoto doivent suivre un régime sans gluten.
Que disent les données disponibles ?
Certaines recherches récentes suggèrent que réduire ou éliminer le gluten pourrait apporter des bénéfices chez certains patients atteints de thyroïdite auto-immune. Dans certains cas, on a observé une amélioration clinique, voire une réduction de la dose nécessaire de traitement thyroïdien. Mais il est important de préciser que plusieurs de ces études font plutôt référence à des régimes pauvres en gluten, et non nécessairement à une exclusion totale de celui-ci. C'est pourquoi, même si le régime alimentaire peut constituer un outil thérapeutique potentiel, son indication doit toujours être évaluée au cas par cas.
Quelle pourrait être la cause du lien entre le gluten et la thyroïde ?
L'une des hypothèses les plus souvent évoquées concernant le lien entre la thyroïde et le gluten est d'ordre immunologique.
Hypothèse immunologique : anticorps et réaction croisée
Chez les personnes qui réagissent au gluten, l'organisme produit des anticorps dirigés contre certaines protéines du gluten. Parmi ceux-ci figurent les anticorps anti-transglutaminase tissulaire (tTG-IgA). Il a été suggéré qu'une partie de ces anticorps pourrait également réagir contre certaines protéines présentes dans les cellules thyroïdiennes en raison de similitudes structurelles. Ce phénomène de réaction croisée pourrait contribuer à la détérioration progressive de la glande chez les patients prédisposés. Si cette hypothèse se confirme dans chaque cas individuel, réduire l'exposition au gluten pourrait diminuer la production de ces anticorps et contribuer à préserver la fonction thyroïdienne. Il est toutefois important de souligner qu'il ne s'agit pas nécessairement de la seule explication possible et que ce phénomène ne se produit pas chez tous les patients.
Médicaments thyroïdiens chez les patients atteints de la maladie cœliaque : aspects à prendre en compte
Un autre aspect important de la relation entre le gluten et la thyroïde concerne l'absorption des médicaments thyroïdiens.
Absorption intestinale et ajustement des doses
Lorsqu'une personne atteinte d'une maladie cœliaque non diagnostiquée présente des lésions intestinales, l'absorption de certains médicaments peut être altérée. Dans ces cas, les patients peuvent avoir besoin de doses plus élevées de médicaments thyroïdiens pour obtenir le même effet thérapeutique. Une fois la maladie cœliaque diagnostiquée et un régime sans gluten mis en place, l'épithélium intestinal peut se régénérer progressivement. En conséquence, l'absorption du médicament s'améliore et il peut être nécessaire d'ajuster la posologie à la baisse. Ce phénomène peut coïncider avec l'amélioration clinique apparente observée chez certains patients lors de l'élimination du gluten.
Recommandation pratique en consultation
En consultation, l'approche doit être prudente et éviter les décisions précipitées.
Pourquoi toutes les pathologies thyroïdiennes ne sont-elles pas liées au gluten ?
En conclusion, le lien entre le gluten et la thyroïde existe, mais il ne doit pas être interprété de manière simpliste. Toutes les personnes souffrant d'hypothyroïdie ne tirent pas profit de l'élimination du gluten de leur alimentation, et toutes les pathologies thyroïdiennes ne sont pas liées à celui-ci. Chez les patients atteints de thyroïdite auto-immune ou chez lesquels une maladie cœliaque est suspectée, il peut être judicieux d'évaluer le rôle de l'alimentation dans la prise en charge clinique. Cependant, en dehors de ces contextes, généraliser l'élimination du gluten en tant que recommandation universelle pour la santé thyroïdienne n'est pas justifiée.
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Diététicienne-nutritionniste
